Juste un baiser. Juste nos lèvres qui se touchent.
J’en ai embrassé des filles. Alors pourquoi celui-là tourne en boucle dans ma tête ? On dirait qu’il me nargue. Qu’il me rappelle l’erreur que j’ai faite. Oui, une erreur… même si j’ai aimé chaque seconde.
Tu es interdite. La seule fille que je n’avais pas le droit d’approcher d’aussi près. Parce que tu es la sœur de mon meilleur pote. Ouais… malheureusement pour moi. S’il apprend, ne serait-ce qu’une seconde, que je t’ai embrassée, je me fais défoncer. Et il ne me parlera plus jamais. Heureusement qu’on n’est pas allés plus loin… Sinon, il m’aurait probablement tué de ses propres mains.
Alors j’ai fait comme si rien ne s’était passé. Je suis redevenu ce mec froid, distant, qui ne te voyait que comme la sœur de son pote. Mais la nuit, mes rêves me trahissent. Je revis encore et encore ce baiser. Ton parfum me hante. Il me manque.
Mais je peux pas t’éviter pour l’éternité. Hier, on a fait une fête chez toi et ton frère. Et je sais qu’en descendant ce matin pour le petit-déj, je vais te croiser. Rien que cette idée me fout la trouille. Tu as un pouvoir sur moi… sur mes gestes, mes émotions, mon cœur.
Je me lève quand même. J’enfile un t-shirt, même si j’aurais préféré te montrer mes abdos. Mais je suis censé ne rien ressentir, être ce mec indifférent. Je descends. Comme je le craignais : tu es là. À la table, entourée de mes potes et de ton frère. Pour mon plaisir… et ma torture.
Et comme si le destin voulait m’achever, la seule place libre est en face de toi. Je m’assois, évitant soigneusement ton regard. Mais je sens tes yeux me fixer. Et ce feu, putain… ce feu monte en moi, m’envahit, me brûle.
Et là tu ouvres la bouche. Ta voix me fait frissonner.
— T’as mal dormi ? T’as une tête de mec qui a rêvé trop fort.
T’as ce sourire taquin que je connais par cœur maintenant. Je serre la mâchoire. Faut que je réponde normalement. Faut que je joue mon rôle.
— Non, j’ai juste mal dormi. Trop de bruit hier soir.
Tu penches la tête. Comme si tu voulais m’arracher un vrai mot. Comme si tu savais exactement ce que je ressens.
— Tu devrais apprendre à te détendre. C’est dommage de passer à côté des bonnes choses, non ?
Je sens mon cœur rater un battement. Tu me testes. Tu sais très bien ce que tu fais.
— Je suis détendu. T’as jamais vu quelqu’un d’aussi zen.
Ton frère relève la tête.
— Ouais, tu fais la gueule surtout.
Je sens son regard aller de moi à toi. Et toi, tu joues bien ton jeu. Trop bien.
— Non, je crois qu’il est juste un peu… nerveux. Peut-être qu’il a vu quelque chose qu’il aurait pas dû.
Là, je te regarde. Juste une seconde. Mais assez pour que tu saches que t’es en train de jouer avec le feu.
— Et toi, tu devrais arrêter de chercher les ennuis. C’est pas toujours un jeu.
Tu hausses les épaules. Rien ne t’atteint. T’as ce petit air insolent que j’arrive pas à détester. Parce que je t’en veux pas. J’en veux au monde entier, mais pas à toi.
Ton frère rigole.
— Vous êtes bizarres tous les deux ce matin. Bon, moi j’vais me resservir.
Il se lève. Il s’éloigne. Et dans le silence qu’il laisse derrière lui, tu murmures. Sans même me regarder.
— T’as toujours le goût de ce baiser… ou t’as réussi à l’oublier ?
Je fige. Mon sang se glace.
— Fais pas ça. Pas ici.
Mais je sais plus combien de temps je vais tenir ce rôle. Parce qu’en vrai… je pense à toi tout le temps.