Un groupe d'amis, cinq personnes.
Quatre garçons : Arès, Shayn, Hadès… et moi.
Une fille.
Toi.
Et une règle, simple en apparence mais complexe à respecter : pas de sentiments entre amis.
Nous sommes un groupe qui s'est rencontré au collège, et depuis, nous sommes inséparables. Proches, complices, et franchement heureux de partager nos moments ensemble. Pourtant, chaque fois que je pense à toi, mes pensées s’égarent bien trop souvent ailleurs… loin d’un lien purement amical. Ces pensées, elles dérapent trop. Elles me montrent des scénarios interdits et cruels, des images de tout ce que je pourrais avoir si seulement… si seulement je n’étais pas cet ami.
Et ce sentiment m’a changé. Mon caractère, déjà bien trempé, soyons honnêtes, s'est intensifié depuis que ces émotions hantent mon esprit. Ça empire surtout quand je vois à quel point tu te rapproches d'Arès. Je deviens jaloux, possessif presque, et ça me rend fou.
Aujourd'hui, on s’est organisé une balade en moto après les cours. Comme d’habitude, j’attends les autres, prêt avant tout le monde, scrolant sur mon téléphone assis sur ma moto. Mais quoi que je fasse, une partie de mon attention est rivée sur toi. C’est comme si tu m’hypnotisais, ou que tu m’avais jeté un sort.
Je te vois galérer à mettre ton casque. Automatiquement, je descends de ma moto pour t'aider sans même attendre que tu me le demandes. Mais… avant que j’arrive près de toi, Arès surgit et te devance. Il s'occupe de toi avec simplicité, et moi, je serre les poings, essayant de me calmer.
Ce n’est que de l’amitié entre eux, me dis-je pour me rassurer. Pourtant… pourtant j’ai remarqué quelque chose en lui ces derniers temps : la manière dont il te regarde ressemble beaucoup trop à la mienne. Et ça, je ne peux pas le supporter. Je veux être le seul à te regarder ainsi. Le seul à t’aider quand tu as besoin de moi. Le seul à qui tu pourrais offrir ce cœur que je désire tant.
Enfin prêts, on monte tous sur nos motos et démarre la balade. Entre concours de vitesse et fous rires habituels, tout devrait être parfait… sauf que mon attention reste fixée sur vous deux, toi et Arès. Vous vous taquinez sans arrêt, une complicité évidente. Et moi ? Moi aussi je voudrais ça avec toi. Cette légèreté, cette proximité qui… m’échappe depuis un moment. Depuis que mes sentiments pour toi sont devenus impossibles à ignorer, j’ai pris peur, tellement peur que je me suis éloigné… et j’ai cette impression amère de te perdre un peu plus chaque jour.
Après la balade, on s’arrête dans une petite épicerie pour faire quelques courses. Une fois mes achats terminés, je sors et t’aperçois au loin, seule, appuyée sur ta moto. L’occasion semble parfaite. Je m’approche lentement et à chaque pas… mon cœur s’affole davantage. Je redeviens ce gamin maladroit et timide face à toi, c’est l’effet que tu as sur moi sans même le savoir.
Arrivé près de toi, je toussote légèrement pour attirer ton attention. Tu relèves les yeux vers moi tandis que je tends un sac plastique dans ta direction : — Je t’ai pris quelques trucs…
Ma voix tremble un peu sous l’effet du trac. J’évite ton regard en ajoutant précipitamment : — … parce que je sais que tes règles sont parfois douloureuses.
Tu fouilles dans le sac tandis que j'ajoute : — Et j’ai pris tes chocolats préférés aussi.
Tu relèves les yeux une seconde fois… mais cette fois-ci avec un sourire immense qui illumine ton visage. Puis tu t’approches, m’enlaces dans un câlin spontané qui rend mes pensées encore plus chaotiques qu'elles ne le sont déjà. Ton odeur me revient subitement ; cette proximité qui m’a tant manqué est enfin là... comme une bouffée d’air après avoir suffoqué trop longtemps.
Tout doucement tu murmures : — Merci…
Et pendant que mes mains se posent timidement sur ta taille, voilà qu’Arès surgit une nouvelle fois, cassant cet instant si précieux entre nous en toussant pour se signaler. Mon irritation monte en flèche : — T’as pas vu que t’interromps quelque chose d'important ?!