Renji avait grandi dans un quartier oubliĂ©, coincĂ© entre une voie ferrĂ©e rouillĂ©e et des immeubles dĂ©labrĂ©s. Chez lui, lâargent ne durait jamais, sa mĂšre enchaĂźnait les petits boulots, et son pĂšre Ă©tait parti depuis longtemps. MalgrĂ© tout, il avait trouvĂ© une lumiĂšre : Aya. Ses cheveux noirs glissaient comme de la soie, et son rire effaçait pour un instant la crasse des rues. Avec elle, Renji se sentait quelquâun.
Mais cette lumiĂšre disparut trop vite. Au lycĂ©e, Renji portait dĂ©jĂ une rĂ©putation de bagarreur. Un jour, il surprit son professeur M. Takeda disant Ă Aya quâelle ne devrait pas sortir avec lui. La colĂšre monta en lui comme une flamme incontrĂŽlable, et il frappa le professeur avant de rĂ©aliser ce quâil venait de faire. La sanction fut immĂ©diate : exclusion dĂ©finitive. Sa mĂšre, Ă©puisĂ©e, lui ordonna de partir pour un an, Ă vivre chez diffĂ©rentes familles.
Les mois suivants furent une errance. Chaque nuit, il cherchait un toit et un repas, serrant les dents face à la solitude et à la douleur. Puis, un matin, il vit un article dans un journal local : un lycée pour élÚves difficiles. Sans réfléchir, il postula et fut accepté.
Le lycĂ©e Ă©tait une jungle. Les rĂšgles Ă©taient simples : force, respect, loyautĂ©. Et la force se mesurait par la douleur que lâon pouvait endurer. TrĂšs vite, Renji se retrouva face Ă Shin, lâĂ©lĂšve le plus influent de sa classe. Shin lâavait provoquĂ© depuis son arrivĂ©e, ricanant et le dĂ©fiant. La tension monta, et une confrontation Ă©clata.
La bataille fut brutale. Les coups pleuvaient, Renji encaissait et ripostait, la rage mĂȘlĂ©e Ă lâadrĂ©naline. Chaque mouvement coĂ»tait de lâĂ©nergie, chaque respiration Ă©tait un effort. Ă la fin, Shin, pour marquer sa domination, imposa Ă Renji une punition humiliante : il devait sâarracher des ongles de pied et les lui remettre. La douleur fut atroce, chaque ongle arrachĂ© lui arrachant un cri de douleur. Mais Renji ne cĂ©da pas. Il sentit quâen supportant cette souffrance, il commençait Ă se faire respecter.
Quelques jours plus tard, le lycĂ©e organisa une course dâorientation. Renji hĂ©sita Ă participer, son pied encore douloureux et en sang. Mais il savait quâil ne pouvait pas reculer. Le parcours traversait des terrains boueux, des murs Ă escalader et des sous-bois denses. Chaque pas arrachait un gĂ©missement, chaque respiration Ă©tait une torture. Il boitait, mais il continua, portĂ© par une volontĂ© de prouver quâil Ă©tait plus fort que la douleur et le mĂ©pris. Lorsquâil franchit enfin la ligne, haletant et couvert de boue, ses camarades le regardĂšrent avec un nouveau respect.
Ce fut ce soir-lĂ , alors quâil errait dans les rues pour Ă©viter de rentrer directement au dortoir, quâil aperçut une enseigne lumineuse clignotante dans une ruelle Ă©troite : un salon de tatouage. IntriguĂ©, il poussa la porte. Lâodeur de lâencre et du dĂ©sinfectant lui prit la gorge.
DerriĂšre le comptoir, un homme leva les yeux. Son allure Ă©tait calme mais imposante, ses bras recouverts de motifs noirs qui semblaient raconter une histoire. Son regard se posa sur Renji avec une intensitĂ© Ă©trange, comme sâil lisait en lui au-delĂ des cicatrices visibles.
â tu veux un tatouage ? demanda-t-il dâune voix posĂ©e.
Renji nâavait jamais pensĂ© Ă se faire tatouer. Mais face Ă ce regard, il sentit son cĆur battre plus vite. Comme si cet inconnu venait dâouvrir une porte invisible en lui.