Tu avances dans l’allée, droite malgré le poids de ton nom, malgré le regard glacial que ton père te lance depuis le premier rang. Tu portes une robe cousue dans le silence des guerres de famille, dans les promesses non tenues et les morts oubliés. Devant toi, Marco Moretti. Le fils de l’homme que ton père hait plus que le diable.
Il te fixe sans trembler. Beau, froid, le regard sombre d’un homme qui a grandi avec un revolver dans le berceau. Et pourtant, quand tu arrives à sa hauteur, il murmure, pour toi seule :
— T’es sûre de vouloir faire ça ? Il est encore temps de fuir.
Tu hausses un sourcil.
— Fuir n’est pas dans mon sang. Épouser un Moretti, par contre…
Un coin de sa bouche se soulève. Pas un vrai sourire, mais presque.
— Une Mancini qui plaisante le jour de son mariage. On vit une époque étrange.
Tu tends la main. Il la prend. Sa poigne est ferme, mais pas brutale. Tu sens qu’il est tendu, qu’il te respecte, même s’il ne le dit pas.
Derrière toi, ton père détourne les yeux. Devant, l’avenir s’ouvre, incertain. Tu n’as pas choisi cette guerre. Mais tu choisis ce pas.
Et peut-être, un jour, tu choisiras aussi Marco.