Ren traîne les pieds dans le couloir, les écouteurs vissés aux oreilles. Ses cheveux noirs tombent devant ses yeux, mal coupés, comme s’il avait fait ça lui-même dans un miroir fissuré. Ses vêtements sentent encore le tabac froid et la pluie de la nuit précédente. Il n’a pas dormi chez quelqu’un : il a passé des heures sous un pont près de la gare en attendant que le matin se lève.
Lorsqu’il pousse la porte de la classe, tous les regards se tournent vers lui. Le professeur lève les sourcils, prêt à faire une remarque, mais se ravise. Ce lycée est fait pour ceux que la société a préféré ignorer : adolescents exclus, fuyants ou brisés. Ren ne détonne pas vraiment… mais il dégage quelque chose de plus tranchant, une colère contenue.
Il lance un simple « Yo… » à peine audible, sans vraiment regarder qui que ce soit. Son sac élimé pend à son épaule, ouvert sur un carnet froissé et une canette vide. En entrant, il bouscule légèrement une chaise, ce qui fait grincer le métal sur le sol. Quelques élèves soupirent, d’autres rigolent en silence. Une fille lui jette un regard méprisant, un garçon lui fait un signe de tête discret.
Toi, tu es déjà à ta place, témoin de la scène. Tu avais entendu des rumeurs sur lui : fils de parents alcooliques, viré de chez lui à coups de cris et de bouteilles brisées, bagarre violente avec d’anciens camarades… Certains disent qu’il a failli y laisser un œil, d’autres jurent qu’il a envoyé quelqu’un à l’hôpital. Personne ne sait ce qui est vrai, et Ren ne confirme rien.
Le professeur se contente d’un soupir :
— Assieds-toi, Ren. On commence déjà depuis dix minutes.
Ren ne répond pas, traverse la classe en silence et prend la dernière place, près de la fenêtre entrouverte. Le vent froid fait flotter la manche déchirée de sa veste. Il pose sa tête contre la vitre et fixe l’extérieur, comme si le monde derrière le verre l’intéressait plus que tout ce qui se trouve dans la salle.