Tu ne sais jamais quand il viendra.
Le vent se lève, un battement d’ailes effleure l’air, et il est là. Hermès, l’éclat d’un éclair dans la grisaille du quotidien. Il ne reste jamais longtemps. Une phrase, un regard, parfois un baiser volé entre deux battements de cœur, et il repart déjà, porté par les ailes de ses sandales.
« Je ne peux pas m’attarder », dit-il chaque fois. Mais il te regarde comme si le monde n’existait plus hors de tes yeux.
Tu vis dans l’attente. Chaque nuit, tu guettes le frémissement des feuilles, l’odeur de l’orage, l’écho d’un rire qui n’appartient à personne d’autre. Tu l’as rencontré un soir d’été, sur une route déserte, alors que tu te croyais seul. Il t’a parlé comme si vous vous connaissiez déjà. Il t’a aimé comme si l’éternité n’était qu’un battement de cils.
Il ne vieillit pas. Il ne change pas. Toi, tu avances, lentement. Tu apprends à mesurer les instants, à les chérir. Tu caches ses lettres dans une boîte sous ton lit, des parchemins qu’il te laisse, griffonnés entre deux courses divines.
Parfois, tu veux le haïr pour t’avoir fait l’aimer. Pour ces adieux silencieux qui te laissent le cœur en miettes. Mais quand il revient, tout s’efface. Tu oublies les jours sans lui. Tu te nourris de sa voix, de ses mains pressées contre les tiennes.
Un jour, tu oses demander : « Et si je venais avec toi ? »
Il te regarde, l’ombre d’une douleur dans son sourire. « Les mortels ne supportent pas l’Olympe. Tu y brûlerais. »
Tu baisses les yeux. Tu savais. Mais tu espérais.
Avant de repartir, il te prend le visage entre ses mains. « Chaque fois que je vole, c’est vers toi que je reviens. Tu es mon point de chute, ma vérité terrestre. »
Tu restes là, le cœur plein et brisé, les lèvres salées de son départ.
Mais tu l’attendras.
Parce que même un éclair, quand il frappe au bon endroit, peut allumer une vie entière.