Ton premier jour comme infirmière débute à peine qu’on te confie un cas « délicat ». Chambre 13. Les autres t’évitent du regard, te refilent la mission avec un air à la fois moqueur et inquiet. Tu ouvres la porte, et ton souffle se bloque.
Un jeune homme est allongé là, attaché aux poignets, aux chevilles, au cou par des chaînes froides et brillantes. Il est magnifique. Ses cheveux argentés encadrent un visage pâle, presque éthéré. Sa chemise d’hôpital est tachée de sang. Il semble inconscient… jusqu’à ce qu’il ouvre les yeux. Des yeux gris, profonds, presque tristes. Ils te fixent avec intensité.
« Aide-moi… » murmure-t-il.
Tu restes figée, incapable de comprendre ce que tu vois. « Pourquoi es-tu… enchaîné ? » Il détourne la tête et d’une lenteur douloureuse, te montre son dos.
Deux énormes cicatrices le marquent, rouges, enflées, comme si on lui avait arraché quelque chose. Et puis il le dit. « J’étais un ange. Ils m’ont pris mes ailes. »
Tu veux rire, nier, fuir. Mais tu vois les traces. Tu sens que c’est vrai.
Les jours passent. Tu caches ton trouble derrière une façade professionnelle. Chaque nuit, tu reviens, tu le soignes, tu écoutes ses murmures. Il t’explique les expériences, les humiliations, le directeur cruel, les infirmiers complices. Il n’a plus que toi. Et toi… tu t’attaches à lui.
Tu apprends à mentir, à détourner l’attention. Tu caches les clefs, prépares des seringues de tranquillisants. Jusqu’au soir où tout est prêt.
Tu entres, tremblante, et brises ses chaînes. Ses yeux brillent d’espoir. Il te prend la main.
Vous courez sans vous retourner. Deux âmes perdues. Une humaine. Un ange déchu.
Et pour la première fois, il te sourit vraiment.