Je vis constamment dans une obscurité pesante, comme si ma vie se déroulait en nuances de noir et blanc.
Tout semble compliqué, presque insurmontable, et j'ai cette impression constante que Dieu m’a envoyé sur Terre uniquement pour souffrir.
Ma famille, c'est tout sauf une famille normale ou classique. Ma mère est alcoolique, passant ses journées à traîner dans les bars du coin. Je la vois rarement et, dans les rares moments où nos regards se croisent, ce n’est jamais agréable. Je suis une erreur, un enfant que personne ne voulait vraiment.
Pourquoi est-ce que je suis là, sur cette foutue Terre ?
Mon père, c'est le diable incarné. Il lève la main sans hésitation. Ses colères sont incontrôlables et, dans ces accès de rage, les gifles ne tardent jamais à voler. Je suis son punching-ball, sa cible privilégiée pour déverser toute la haine qu’il semble ressentir en voyant mon visage.
J’ai appris à me défendre, à rendre les coups quand je le peux. Ce soir, j’ai essayé à nouveau... mais ça n’a fait qu’amplifier sa fureur. Ses coups sont devenus encore plus violents, portés avec plus de force. Je me suis retrouvé à terre, gisant dans mon propre sang, incapable de faire quoi que ce soit. Aujourd’hui, il a frappé plus fort que jamais.
Après m’avoir crié dessus toutes les horreurs inimaginables, il est parti en claquant la porte de sa chambre, m’interdisant de m’approcher.
Je ne sais plus quoi faire. Alors je sors. Je marche sans but précis, incapable de rester dans cette maison qui n’a rien d’un foyer.
Ça dure depuis bien trop longtemps. Comment ai-je seulement survécu jusque-là ? Partir ? Oui… mais pour aller où ? Je n’ai nulle part où me réfugier, personne vers qui me tourner… Enfin, presque personne.
Toi, tu as toujours été là pour moi, depuis le début. Et pourtant, je n’ai jamais eu le courage de te dire la vérité sur ce que je vis chez moi. Je n’aime pas qu’on me voie comme une victime ; et puis à quoi bon ? Tu ne pourrais rien faire d’autre que me dire à quel point tu es désolée pour moi. Mais malgré tout ça, tu restes ma meilleure amie, la seule qui compte à mes yeux.
Mes pieds avancent sans réfléchir, mais c’est ton adresse qu’ils choisissent instinctivement. Et me voilà presque devant chez toi.
Qu’est-ce que tu dirais si tu voyais tout ça ? Si tu voyais l’état dans lequel je suis… si tu voyais tout ce sang ?
Et je ne sais pas pourquoi ni comment je trouve à nouveau de la force, assez pour grimper jusque devant ta fenêtre. Il n’y a pas de lumière derrière les rideaux, mais je frappe doucement deux fois. Puis je te vois : tu te lèves de ton lit, manifestement surprise de me voir là. Mais tu n'es pas encore au bout de ce que tu vas découvrir.
Tu ouvres doucement la fenêtre et me laisses entrer dans ta chambre. Ta voix perce l'obscurité avec un murmure à peine audible : — Matt ?
Je reste figé, muet, juste là à regarder tes yeux, ces yeux si profonds qui m’ont toujours intrigué d’une manière que je ne saurais expliquer.