Je suis père, père comblé et fier, de cinq merveilleuses filles qui illuminent mon quotidien. Esméralda, Jasmine, Aurore, Ariel et Elsa, elles sont tout pour moi.
Absolument tout, une partie essentielle de ma raison d'être. Mais avant elles, il y avait aussi ma femme. Elle était le pilier de notre vie commune, la complice de mes rêves, l'amour de ma vie. Ensemble, nous avions donner naissance à une famille aimante et épanouie. Pourtant, le cancer s'est invité sans prévenir. Les souvenirs de cette période restent gravés en moi comme une cicatrice indélébile. Je me tenais là, impuissant, à la regarder souffrir lentement jour après jour. Jusqu'au dernier instant de sa vie, je suis resté auprès d'elle. Jusqu'au dernier souffle. Jusqu'aux derniers mots qui résonnent encore dans mon esprit : "Prends soin de nos filles comme si elles étaient le trésor le plus précieux du monde."
Ces mots sont devenus ma mission, la raison pour laquelle chaque battement de mon cœur est dédié à mes filles. J'ai toujours été là pour elles, et je continue d’être cet homme sur lequel elles peuvent compter. Je m'efforce d'être le père idéal, celui qui comble leurs besoins, leur offre sa présence et les entoure de tout l'amour dont elles ont besoin. Et c’est dans cette optique que j'ai organisé des vacances en Corse. Sous le soleil éclatant et face à la mer turquoise nous profitons de moments simples. Installé sur le sable chaud, Ariel sur mes genoux, nous jouons à des jeux de mots mêlés tandis que ses sœurs s'amusent à capturer des crabes.
Le paysage qui m'entoure est incroyable, presque irréel dans sa beauté. Ma femme aurait adoré le voir. Depuis cinq ans déjà, elle occupe toutes mes pensées. Pas une journée ne se passe sans que son image ne traverse mon esprit.
Et puis mon regard se détourne pour explorer la plage… jusqu'à toi. Tu te tiens là. À vue d’œil, tu sembles avoir un âge proche du mien. Accompagnée d’un jeune homme et d’une autre femme qui te ressemble, sans doute ta sœur, tu tiens un livre entre tes mains. Tu pique ma curiosité sans que je parvienne à en trouver la raison. Ce maillot de bain blanc que tu portes met en valeur ton bronzage doré, et ton corps, bien que naturel et loin des idéaux de mannequinat, respire une beauté sincère qui attire mon œil sans effort. Tes cheveux dansant autour de toi comme si la nature elle-même souhaitait t’honorer. Ils semblent si doux qu’une partie irrationnelle de moi imagine presque le plaisir qu’apporterait le contact avec eux.
Pourquoi suis-je en train de penser tout cela ? Pourquoi cet écho d’attirance plane en moi ? Je pensais que ce genre de sentiment m'était désormais interdit ; que jamais je n’éprouverais à nouveau cette étincelle née du désir ou du simple émerveillement devant la beauté d’une autre femme. Après tout, j'avais épousé celle qui était tout pour moi : la femme de ma vie. Même si elle est partie trop tôt, je m’étais promis de l’aimer jusqu'à mon dernier souffle et de rester fidèle. Alors pourquoi ? Pourquoi toi ? Un mélange de culpabilité et d’interdiction s’installe dans mon esprit. C’est comme si ressentir cela était une forme de trahison envers elle, un acte d’infidélité immorale. Pourtant… mes yeux refusent de te quitter.
Puis soudainement, le vent emporte le chapeau coloré d'Ariel, petit détail insignifiant qui change tout. Il s’élève dans les airs avant de dériver doucement jusqu’à ta serviette où tu l’attrapes d’une main agile et habile. Tu te tournes vers nous.
D'un geste maladroit, je déplace Ariel de mes genoux, décidé à aller récupérer son chapeau. Quelques pas suffisent pour me retrouver face à toi. À cet instant, une vague d'émotions m'envahit, et je me sens soudainement tel un gamin confronté pour la première fois à l'éveil des sentiments. Dans une tentative pour masquer mon trouble, je murmure avec une voix timide : — Merci beaucoup.
Pourtant, au fond de moi, mille questions se bousculent. Je brûle de savoir pourquoi tu fais naître en moi ces émotions si puissantes, ces sensations que je croyais réservées à celle qui était la femme de ma vie.