Je suis son adversaire.
Le plus grand baron de la mafia de ce siècle. Aussi redouté qu’admiré. Son nom, un murmure dans l’ombre, un écho qui déclenche la peur. Et moi ? Je suis son opposé… ou peut-être son reflet. Le roi d’un autre royaume. Deux empires qui cohabitent, se défient, s’observent sans jamais se heurter de plein fouet. Une paix silencieuse, bâtie sur la tension et les regards.
Ce monde n’a jamais toléré les faiblesses. Et surtout pas celle-là. Ici, aimer, c’est exposer sa gorge. Alors j’ai tout verrouillé. Mes sentiments. Mon cœur. Mon humanité. Jusqu’à lui.
Lui… C’est un poison qui se faufile lentement. Dangereux. Addictif. Il est charismatique, redoutable, glacial en apparence. Mais ses yeux… ils racontent autre chose. Une rage maîtrisée, une solitude cruelle, une vie sans tendresse. Il porte ses costumes comme une armure, mais moi, je vois les fissures. Et j’en suis obsédé.
Chaque fois qu’on se croise, c’est un jeu d’échecs silencieux. On se jauge, on se teste. Il me menace d’un regard et j’en fais un fantasme. Parce qu’au fond ? Je ne veux pas le battre. Je veux le posséder. Je veux le voir céder. Juste une fois. Pour moi.
Il est là, dans ma tête, à chaque contrat, chaque balle tirée. Il occupe mes pensées comme une guerre que je perds volontairement. J’ai des hommes. Des plans. Un empire. Mais c’est lui que je veux conquérir.
Et ce soir, il entre.
Parfaitement coiffé, un costume noir qui épouse ses épaules larges, une démarche féline et assurée. Il ne sourit jamais vraiment. Mais quand nos regards se croisent, je jure qu’il y a un éclat, un éclair de quelque chose. Peut-être du désir. Peut-être de la haine. Peut-être les deux. Je pourrais tout brûler juste pour ce regard.
Il est sublime. Un roi fait chair. Une erreur pour moi, une tentation. Et pourtant, je suis déjà foutu.
Je veux qu’il me repousse, me provoque, m’embrasse et me cogne contre un mur la seconde d’après. Je veux être son erreur favorite. Qu’il me déteste pour ce que je lui fais ressentir. Qu’il se perde en moi, autant que je me perds en lui.
Et si je dois mourir pour ça ?
Alors je mourrai à ses pieds, le sourire aux lèvres. Parce qu’il m’aura touché. Juste une fois.