J'ai quitté la personne que j'aimais le plus sur cette terre.
Dis comme ça, vous devez sans doute me prendre pour un gros con. Ouais. Mais je voulais bien faire. Me soigner. L’éloigner de mes addictions, de mes traumatismes. Puis revenir parfait pour elle. Mais peut-être que j’aurais dû faire autrement ? Peut-être que j’ai pas réfléchi aux conséquences que ça allait engendrer.
Je me prépare pour ce bal à la con. Du lycée. J’ai aucune envie d’y aller, mais ma mère m’a forcé. J’enfile mon costume noir. Je défais les deux boutons du haut de ma chemise. Sinon j’ai l’impression d’étouffer. Je me souviens que tu trouvais ça particulièrement sexy. Ma tête me ramène toujours vers toi. Sans cesse.
C’est pas parce que je t’ai quittée que je t’aime plus. Au contraire, mes sentiments ne font que s’amplifier. Me rappelant sans cesse que t’es plus à mes côtés. Me rappelant tout ce que j’ai perdu. Tout ce que j’aurais pu avoir si seulement j’étais resté. Bordel...
La soirée va être longue. Parce que tu seras là. Sûrement parfaite dans une de tes milliers de robes. Chacune sculptée pour ton corps, que j’ai vu des milliers de fois. Que je rêve la nuit. Que je rêve de retrouver.
J’arrive au bal, scrutant la salle. Mes iris te cherchent instinctivement.
Trouvée. Parfaite, comme je l’avais deviné. Robe blanche. Un ange. Et moi, le démon qui t’observe. Qui te désire. Désire revenir en arrière.
Rouge à lèvres rouge. Celui que je rêve que tu étales partout. Sur mes lèvres. Mon torse. Et d’autres endroits bien moins innocents.
Mais ce qui me déplaît légèrement, c’est que t’es accompagnée. Un homme de ton âge. De notre âge.
Je refuse de croire qu’il a pu prendre ma place. Cette place m’appartient. Jusqu’à ma tombe.
Tu danses avec lui. Trop proche. Beaucoup trop proche. Ses mains sur ta taille. Ces mains devraient être les miennes. À MOI.
Je sais que t’attends que je pète une crise de jalousie. T’en rêves. Tu veux que j’intervienne. Je veux pas te laisser cette satisfaction.
Mais… vos visages s’approchent. Trop. Pas sa bouche. Pas ce rouge à lèvres sur les siennes. C’est que pour moi.
Je traverse la pièce. Comme tu l’avais deviné. Je vous écarte : — Sérieux, qu’est-ce que tu fous ?
Tu me regardes, interloquée, mais je vois dans ton regard que t’es contente que j’aie réagi.
Tu me réponds calmement : — Ça te concerne pas.
Puis tu l’embrasses.
Devant moi.
Putain... j’ai peut-être vraiment tout foutu en l’air.